—Et je serai meilleur encore, mon ami, sois-en persuadé...

—Oh! s'écria le noir enthousiasmé, ti pas un homme, Colombo... ti le bon Dieu, pour sûr!...

Zanzibar prit sur une étagère les deux boîtes à cigares, me tendit la mienne et nous commençâmes à jouer sur ces cithares improvisées qui rendaient un petit son aigre d'épinette.

Nous jouâmes une heure, nous jouâmes deux heures et je crois bien que nous ne nous serions pas arrêtés, si je ne m'étais aperçu que c'était l'heure du dîner et que M. et Mme Pickmann devaient attendre leur repas.

Zanzibar remisa, bien à regret, les deux boîtes à cigares et s'occupa de sa cuisine. Ce jour-là, les plats que je servis à mes «amis» étaient plutôt étranges, mais le grand air leur avait donné de l'appétit et ils ingurgitèrent sans broncher les ragoûts innommables de Zanzibar.

Après le dîner, ils me retinrent, comme d'habitude, pour faire la partie, et nous parlâmes surtout des ports où les fameuses formalités de débarquement seraient le moins compliquées.

—Je crois, leur dis-je, que le Congo français serait assez sûr...

—Oh! déclara Pickmann, pour rien au monde, je ne débarquerai au Congo... Je veux un pays civilisé où il y ait des distractions... Vous comprenez que si je me paye un voyage, ce n'est pas pour aller m'enterrer dans une région peuplée de nègres...

—Et le Cap... que diriez-vous du Cap?

—Le Cap est une ville anglaise... et vous savez comme les Anglais sont formalistes.