UNE VOIX DANS LA NUIT
Le lendemain soir, comme l'avait annoncé le capitaine Ross, le Sea-Gull mouillait à un mille de Santa-Cruz. Le canot était armé aussitôt et se dirigeait vers la côte. Il fit quatre voyages, puis quand le réapprovisionnement eut été effectué, on leva l'ancre et l'on se remit en route.
Pickmann était rayonnant.
—Vous voyez, me dit-il, personne n'est venu nous déranger... Je crois, mon cher Colombo, que vous exagériez un peu... Les autorités maritimes n'en finiraient pas, si elles devaient visiter tous les navires qui s'arrêtent dans les ports.
—Il n'en sera pas de même à Rio-de-Janeiro, je vous l'assure...
—Vous croyez?
—Je puis vous l'affirmer.
—Ah!...
Pickmann devint songeur. Il se ressaisit cependant et proposa un poker, mais au bout d'une demi-heure, il posa les cartes et se remit à bavarder. Il fallait à tout prix que cet homme parlât... Il avait besoin de s'étourdir pour chasser les noires pensées qui l'assaillaient sans trêve. Il parla à tort et à travers, raconta des histoires stupides qui faisaient rire Mme Pickmann aux éclats, lança des plaisanteries de table d'hôte, puis éprouva le besoin de s'occuper un peu de l'avenir.
—Une fois à Rio-de-Janeiro, dit-il, je louerai une villa, quelque chose de grand, de luxueux et je donnerai des soirées... J'aurai une auto, des chevaux et de nombreux domestiques... Je ne sais pourquoi, mais il me semble que je me plairai au Brésil... J'ai entendu dire que Rio était une ville très agréable et que l'on y menait la grande vie... Vous resterez avec nous, Colombo... vous serez notre intendant et je vous payerai grassement...