—Richard Stone!...
—Qui m'appelle? bégaya Pickmann encore à moitié endormi.
—Richard Stone! répétai-je en haussant le ton... m'entendez-vous?
Cette fois, Pickmann ne répondit pas.
Le coup était porté. Je regagnai ma chambre à pas de loup et me remis au lit.
J'étais sûr maintenant que Richard Stone, le voleur de la Banque d'Angleterre, habitait bien dans la peau de Pickmann. En répondant «qui m'appelle?» le misérable s'était trahi. Il s'était ensuite ressaisi, mais trop tard. Je m'étais donc assuré de la véritable identité du personnage. A présent, je le tenais. Avant huit jours, il serait à ma merci.
Le lendemain, quand je servis le déjeuner de mes deux «amis», je remarquai qu'ils étaient très pâles. C'est à peine s'ils touchèrent aux plats que je leur présentai... Eux qui d'ordinaire étaient si loquaces demeurèrent muets pendant tout le repas.
—Que vous est-il donc arrivé? demandai-je, vous êtes tout drôles aujourd'hui?...
Pickmann jeta un coup d'œil à sa femme, puis répondit, en s'efforçant de sourire:
—Nous avons mal reposé, cette nuit! la mer était un peu dure et nous avons encore le cœur tout barbouillé!