Le pauvre nègre ne parvenait pas à articuler une parole. Enfin, il finit par me faire comprendre que, pendant mon absence, Cardiff était venu, l'avait surpris en train de jouer de la «misique» et avait brisé nos deux boîtes à cigares... La perte de ces instruments mettait le désespoir dans l'âme de l'infortuné Zanzibar. J'arrivai cependant à le consoler en lui promettant de lui confectionner un banjo.

—Oh! soupira-t-il... un banjo!

Et il sauta de son lit pour venir m'embrasser les mains. Il fallut que je lui expliquasse comment je le fabriquerais ce banjo, avec quoi, et c'est seulement quand j'eus satisfait sa curiosité qu'il consentit à se recoucher.

Pauvre garçon! Sa vie n'était pas compliquée à celui-là... Pourvu qu'il eût une «misique» et qu'on ne lui donnât pas de coups de corde, il était heureux comme un roi.

Pendant qu'il reposait en rêvant sans doute de banjo, moi dont la tête était bourrée de projets, j'étais plongé dans de ténébreuses méditations.

Soudain, une idée me vint à l'esprit et je résolus immédiatement de la mettre à exécution.

Je me levai, ouvris sans bruit la porte de la chambre et, pieds nus, me glissai dans la coursive. Arrivé devant la cloison de pitchpin derrière laquelle je savais que se trouvait le lit de Pickmann, je donnai deux grands coups de poing dans le panneau...

—Qu'y a-t-il?... qu'y a-t-il? demanda Pickmann réveillé en sursaut.

Alors, collant ma bouche contre le bois, je prononçai d'une voix nasillarde: