—Non...

Je voyais bien que Pickmann était gêné. Il plaidait le faux pour savoir le vrai, mais il s'y prenait d'une façon stupide.

Il reprit, d'un petit air entendu:

—Hein? Colombo, vous ignoriez que nous eussions un étranger à bord... Je ne sais quel est cet individu, ni pourquoi il se cache avec tant de soin... Ce doit être quelque original... à moins que ce ne soit un malfaiteur... Informez-vous donc... tâchez de savoir quelque chose... Il serait vraiment scandaleux que le capitaine eût embarqué un homme sans me prévenir!... J'entends être seul à bord de ce bateau... seul, entendez-vous... J'ai payé assez cher pour avoir le droit d'être le maître ici...

—Evidemment, approuvai-je...

—Ne perdez pas un instant, Colombo, faites une enquête... au besoin, donnez quelque argent aux matelots pour provoquer leurs confidences... Tenez...

Et Pickmann me glissa dans la main une poignée de livres.

—Non... non! m'écriai-je, gardez cela... je les ferai bien parler... soyez-en sûr...

Et je rendis à Pickmann les pièces d'or qu'il m'avait données.

Bien entendu, je ne fis aucune enquête, et pour cause. Après avoir quitté mon «voleur», j'allai retrouver Zanzibar et me mis à confectionner le banjo que je lui avais promis. Cela me prit près de quatre heures, mais je fis un instrument très présentable qui avait, de plus, une sonorité merveilleuse.