—C'est possible, répondis-je...
—Alors, ce Ross serait un affreux gredin... J'ai bien envie de le faire appeler et de lui demander de quel droit il a accepté un étranger sur un bateau qui m'appartient pour deux mois encore...
—Gardez-vous en bien... Si vous voulez tout compromettre, vous n'avez que ça à faire... Au lieu d'avoir un ennemi, vous en aurez deux à bord, et, ma foi, je ne réponds plus de rien...
—Oui, Colombo a raison, intervint Mme Pickmann, ce serait la dernière des gaffes... Laisse donc agir Colombo... C'est un homme intelligent, lui, et qui a de la décision.
Certes, j'avais de la décision, elle allait bientôt s'en apercevoir! Cependant, il fallait se hâter. Le capitaine Ross avait eu la chance de trouver un mât de goélette qui, une fois raboté à sa base, s'adapterait parfaitement dans l'emplanture de l'ancien, et sous deux jours au plus tard, le Sea-Gull serait en état de reprendre la mer.
Le lendemain (c'était mon tour de sortie), je fis dans une boutique de Santa-Cruz achat d'un revolver d'occasion, puis me rendis sur le quai, à un endroit où l'on procédait au chargement des bananes. Il y avait là deux vapeurs espagnols: la Dona-Isabelle et le Pescador... J'appris par un homme d'équipage, un Anglais comme moi, que ces deux bateaux se rendaient à Cadix, et que l'équipage de l'un, le Pescador, n'était pas au complet. Je me fis présenter au capitaine, un gros homme à la figure couturée de cicatrices, et qui baragouinait un peu d'anglais.
—Il me faut un soutier, un graisseur et un aide-chauffeur, me dit-il.
—Je puis, répondis-je, remplir l'office de soutier...
—Je le pense bien, dit-il en riant... ce n'est pas un métier qui exige un long apprentissage... Nous partons vendredi, c'est-à-dire dans trois jours... Apportez-moi vos papiers au moment de l'appareillage... Soixante-quinze pesetas par semaine... Ça vous va?
—Oui, capitaine.