—Bien... entendu... Au revoir!...
J'étais «embarqué». Il ne me restait plus qu'à trouver des papiers, mais j'espérais bien m'en procurer à bord du Sea-Gull. Il me suffirait pour cela d'aller faire une petite «perquisition» dans le gaillard d'avant.
Cette nuit-là, je dormis mal. Le plan que j'allais mettre à exécution était des plus audacieux, et aussi des plus délicats. Il s'agissait de ne rien laisser au hasard. Je répétai mentalement plus de dix fois la scène que j'allais jouer dans quelques heures, car j'avais appris en revenant à bord que le Sea-Gull, complètement réparé, se remettrait en route le lendemain dans l'après-midi. A côté de moi, Zanzibar ronflait comme un orgue, et j'enviai la sérénité de ce bon nègre. Moi, j'allais me relancer dans l'aventure, et Dieu seul savait comment tout cela finirait.
Vers le matin, je m'assoupis, et dormis une heure environ, mais quand je m'éveillai (j'ai toujours eu le réveil triste), je vis tout en noir... Je n'avais plus aucune confiance en moi, et une crainte que le raisonnement n'arrivait pas à vaincre me revenait continuellement à l'esprit.
Je me levai, et après avoir bu un thé fortement additionné d'alcool, je retrouvai un peu d'énergie.
—Ti pas bien gai ci matin, me dit le brave Zanzibar... Ti pas content quitti Santa-Cruz... Ti malade, peut-être?
—Non... mais j'ai mal dormi.
—Mi trop ronfli, s'pas? Ti fallait siffli, si ronflais trop fort...
Le bon Zanzibar avait une mine piteuse, mais sa gaîté naturelle reprit bien vite le dessus, et il s'efforça, par mille contorsions grotesques, de me dérider un peu.
Je m'étais attaché à ce brave garçon, et cela me faisait de la peine de l'abandonner. J'eus un moment l'idée de l'emmener avec moi, mais j'y renonçai... Seul, j'aurais sans doute bien du mal à me tirer d'affaire, mais avec un nègre pour compagnon, je risquais de compromettre ma manière qui est, on le sait, de «passer inaperçu».