Pendant deux heures, j'errai comme une âme en peine dans la coursive d'entrepont, puis, profitant d'un moment où les hommes étaient réunis en haut pour l'appareillage, je me glissai dans le gaillard d'avant. Il y avait là une dizaine de hamacs roulés sur leurs garcettes, et, en face de ces hamacs, le long de la cloison, des boîtes de bois noir portant toutes une étiquette, et dans lesquelles les matelots serraient leurs effets de petit équipement et leurs papiers.

Sur l'une de ces étiquettes, je lus un nom: Jim Corbett. J'ouvris la boîte qui était simplement fermée au moyen d'une petite lanière de cuir passée dans deux pitons, m'emparai des papiers de Corbett, que je mis vivement dans la poche de ma vareuse, et regagnai aussitôt la coursive. Il était temps. Déjà l'escalier du panneau avant craquait sous l'énorme poids de Cardiff.

J'allai retrouver Zanzibar, qui était en train de préparer le déjeuner de l'équipage... et celui de M. et Mme Pickmann.

—Ah! ti voilà, s'écria le nègre, ti sais, nous partir midi...

—Comment cela? m'écriai-je... De qui tiens-tu ce renseignement?

—De missié Cardiff... Li a dit faire déjeuner pour dix heures et demie...

Je regardai l'heure au coucou de notre cabine. Il était neuf heures vingt. Je m'habillai à la hâte, car j'étais encore en tenue de corvée, puis, quand je fus prêt, je pris un flacon de rhum, remplis deux petits gobelets d'étain que je pris sur une étagère, et dis à Zanzibar:

—A ta santé! mon vieux...

—A la tienne! missié Colombo, répondit le brave nègre en me regardant avec étonnement... Ti bois beaucoup de rhum aujourd'hui!

—Oui, Zanzibar... car je me sens un peu malade, et j'ai besoin de me redonner du cran... beaucoup de cran...