Les douaniers s'inclinèrent et me firent même des excuses, mais ce petit incident m'avait mis, comme on dit, la puce à l'oreille.

Si je m'embarquais à bord du Péninsulaire Oriental, on me forcerait sans doute à ouvrir encore ma valise...

J'avoue que je me trouvais bien embarrassé. Comme le Péninsulaire ne passait que le lendemain à quatre heures de l'après-midi, j'avais tout le temps de réfléchir. Je songeai à déposer une partie de ma fortune dans une banque de Gibraltar, et à conserver sur moi l'autre moitié, mais cette solution ne me satisfaisait point.

Après m'être longtemps torturé l'esprit, je résolus de retourner à Cadix, et de prendre le train pour Madrid.

Là, je m'embarquerais dans le Sud-Express et filerais sur Saint-Sébastien... Après... dame!... après, je verrais...

XXII

OU TOUT COMMENCE A S'ARRANGER

Cependant, mon arrivée à Gibraltar avait déjà été signalée. Les douaniers avaient jasé, et le chef de police me faisait surveiller.

Partout où j'allais, ma valise à la main, je voyais, derrière moi, un grand escogriffe, chaussé de sandales à semelles de paille. Je résolus de le semer, et y parvins assez facilement, puis je me réfugiai dans un café où se trouvaient réunis une dizaine de soldats anglais. J'y demeurai jusqu'à la nuit tombante, et réussis à m'embarquer dans la dernière vedette qui fait le service entre Gibraltar et Algésiras.