maintenant?

—Tranquille?

—Oui... vous... ne craignez plus...

—Je ne crains plus rien, Edith...

—Quel bonheur!... Alors, nous allons pouvoir vivre heureux... En attendant que vous trouviez un emploi, je travaillerai... nous ne manquerons de rien...

Je serrai plus fort la petite main... Bonne et chère Edith! Elle offrait de travailler... pour me nourrir... Quel dévouement! C'est à ces choses-là que l'on juge vraiment les femmes...

J'aurais pu la rassurer, lui avouer tout de suite que «j'avais fait fortune», mais je préférais la laisser causer. Il m'était agréable de l'étudier un peu. La femme que je retrouvais était si différente de l'autre, de celle qui était partie un jour en emportant mes deux mille francs, que je ne la reconnaissais plus. Autrefois, Edith ne rêvait que luxe et toilettes, c'était une gentille maîtresse, très aimante à certains moments, mais avant tout préoccupée de son teint, de ses ongles et de ses cheveux... L'Edith de Londres était une poupée de luxe, celle que je retrouvais était vraiment une femme, et une femme admirable, embellie, purifiée grâce aux leçons de cette déesse si cruelle que l'on nomme l'Adversité... Au lieu de faire commerce de son corps, comme tant d'autres malheureuses, elle s'était mise à travailler... Ses jolis petits doigts étaient noirs de piqûres d'aiguilles, et sa pâleur, ses yeux rougis par les veilles, disaient le dur labeur auquel elle s'était astreinte...

Pauvre Edith!...

—Alors, lui dis-je, vous rentrez chez vous?

—Non, répondit-elle... quand vous m'avez rencontrée j'allais reporter mon ouvrage...