M. Armand sortait, en effet, de son magasin. C'était un petit homme obèse, au dos rond, au nez en forme de banane et à la figure eczémateuse. En nous apercevant, il hâta le pas, serrant les jambes, comme s'il s'attendait à recevoir un coup de pied quelque part. Je lui décochai deux ou trois épithètes plutôt malsonnantes, qu'il encaissa sans sourciller, puis, me tournant vers Edith:
—Nous retournons à Montmartre, n'est-ce pas?
—Oui... si vous voulez...
Nous remontâmes en taxi... Vingt minutes après, j'étais chez ma maîtresse... Elle habitait rue Girardon, une petite chambre... bien pauvrement meublée, mais d'une propreté merveilleuse... Sur la cheminée, entre deux vases bon marché, s'étalait ma photographie... une pauvre photo toute craquelée qui avait dû voyager beaucoup, elle aussi, et avoir pas mal d'aventures.
—Vous voyez, fit Edith, ce n'est pas très luxueux ici... mais j'aime cette petite chambre... J'y ai souvent pensé à vous, Edgar, et votre portrait m'a plus d'une fois redonné du courage... car c'est surtout depuis que je suis malheureuse que j'ai appris à vous aimer...
Un long baiser scella cet aveu qui... cette fois, partait du cœur.
XXV
OU J'ÉPROUVE UNE DERNIÈRE SURPRISE
Edith et moi nous habitâmes une huitaine la petite mansarde de la rue Girardon... C'était charmant... Edith était gaie comme un oiseau, et moi, je me sentais revivre. Quelquefois, quand venait la nuit, nous nous accoudions sur l'appui de la fenêtre, et regardions Paris qui, dans la brume, avec ses lumières, ressemblait à un lac immense dans lequel se refléteraient les étoiles. Autrefois, il nous avait fait horreur, ce grand et beau Paris, mais à présent, nous l'aimions, car c'était là qu'avait enfin commencé notre bonheur...