Un soir que nous venions d'ébaucher des projets d'avenir, comme Edith s'étonnait que je fusse devenu riche tout d'un coup, je lui dis, en lui prenant les mains:
—La malchance finit toujours par abandonner sa proie, Edith, et l'homme qui a beaucoup souffert trouve ici-bas sa récompense... Je ne sais si, dans l'autre monde, on nous demandera compte de nos actes, mais ce qu'il y a de certain, c'est que, sur cette terre, il y a déjà une justice...
—Edgar, me dit ma maîtresse, vous vous exprimez en ce moment comme un pasteur... et j'aime à vous entendre parler ainsi.
—Plût au ciel que j'eusse été un pasteur... au lieu d'être ce que j'ai été... un cambrioleur!
—Mais, en ce cas, Edgar, vous ne m'auriez pas connue...
—Qui sait?... Il y a des êtres qui sont nés pour se rencontrer... Je vous disais donc qu'il arrive toujours un moment où nos maux doivent prendre fin... et ce moment est arrivé... après l'affreux malheur qui m'a frappé si cruellement et m'a, pendant de longs mois, retranché du nombre des vivants... Quand je vous ai retrouvée à Londres, dans ce music-hall de Pennington, j'avais décidé de m'embarquer pour l'Amérique du Sud... Mais le hasard qui est notre grand maître—appelons-le la Providence, si vous préférez,—n'a point permis que je quittasse l'Europe... Le bateau qui devait m'emmener en Amérique, a eu subitement une avarie, et, comme je voulais fuir Londres le plus vite possible, je me suis fait engager sur le premier bâtiment venu... et savez-vous où il allait ce bâtiment?... Vous ne devineriez jamais, Edith... Il allait en Hollande... Peut-être comprenez-vous déjà...
—Oui... oui, s'écria ma maîtresse... je comprends... en Hollande, vous avez retrouvé votre oncle... et...
—Non, je ne l'ai pas retrouvé... Le pauvre homme était mort quand je suis arrivé, mais il avait laissé un testament en bonne et due forme...
—Et vous avez hérité?
—De toute sa fortune... oui, Edith.