Edgar Pipe n'existe plus... James Bruce non plus... J'ai foi, comme le grand Balzac, en l'influence heureuse ou néfaste de certains noms... J'ai donc pris un pseudonyme... un pseudonyme ronflant, car le millionnaire qui se respecte ne peut afficher un nom vulgaire. Ce nom, vous le connaissez tous, et le voyez souvent dans les chroniques mondaines des journaux, mais je me garderai bien de le dévoiler ici... on comprendra pourquoi.
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère...
Qu'il suffise de savoir que je cherche à racheter par une existence exemplaire les fautes de jadis... Je suis devenu ce que l'on peut vraiment appeler un gentleman, et ma chère Edith est la plus fidèle et la plus adorable des épouses—car nous sommes mariés maintenant.
Je vis au milieu du luxe, mais comme je me rappelle mes tristes débuts, je sais être charitable au besoin.
Ah! C'est tout de même bon d'être un honnête homme! Il est vrai que c'est si facile d'être honnête quand on est riche!...
Fin
Notes
[1] Mal du pays.
[2] Proverbes, X, 15.
[3] C'est l'uniforme des prisonniers anglais.