—Si nous continuons, nous allons nous promener toute la journée avec nos paquets... Il est déjà midi et demi et je commence à avoir faim...
—Nous ne tarderons pas à trouver un autre marchand.
—Soit... vous ne direz pas que je ne suis point conciliant.
Vingt minutes plus tard, nous entrions dans une boutique de bric-à-brac située en bordure d'un terrain vague. Le gros homme qui nous reçut nous décocha, dès l'entrée, un petit coup d'œil malicieux.
—Ah! ah! dit-il, ces messieurs ont sans doute quelque chose de bien à me proposer... mais ces messieurs tombent mal, car l'argent est rare en ce moment... on ne vend rien, mais là, rien du tout... Après tout, il est possible que je me trompe, ces messieurs veulent peut-être m'acheter quelque meuble... j'ai justement un joli trumeau Louis XVI que je leur céderai presque pour rien...
—Non, trancha Manzana, nous venons vous offrir quelques objets de prix...
—Oh! alors, si ce sont des objets de prix... allez voir ailleurs, je ne suis pas assez riche pour vous payer... Les affaires vont si mal!... Tenez, vous me croirez si vous voulez, mais je n'ai pas fait un sou, depuis deux jours... c'est à fermer sa porte... oui, là, positivement... Cependant... montrez toujours... je pourrai sans doute, à défaut d'argent, vous donner un petit conseil...
Nous avions, mon compagnon et moi, déballé nos bibelots que le rusé marchand examinait attentivement, au fur et à mesure que nous les lui passions.
—Messieurs, nous dit-il enfin, tout cela ne vaut pas grand'chose... à part la statuette et la coupe... je ne vois pas ce que vous pourrez tirer du reste...