—Mais, insistai-je, ce sucrier et cette cafetière sont en argent.
—Non... monsieur, non, détrompez-vous, ils sont en métal argenté... ce qui n'est pas la même chose...
—Cependant... ils sont contrôlés...
—Oh!... cela ne prouve rien... on contrôle tout aujourd'hui... même le melchior... cependant, oui, je crois que vous avez raison... c'est de l'argent, en effet, mais de l'argent à bas titre... Hum!... hum!... Et combien voulez-vous de tout cela?... Si vous me faites une offre raisonnable, je consentirai peut-être à vous en débarrasser, mais c'est bien pour vous obliger, je vous le jure, car voilà des objets que je ne vendrai peut-être jamais... c'est démodé... cela ne se demande plus... Enfin... parlez...
—Cinq cents francs, dis-je sans sourciller...
Le marchand eut un geste désespéré, suivi d'un petit rire qui ressemblait à un gloussement de poule.
—Cinq cents francs! Cinq cents francs!... Ah! vous ne doutez de rien... Pourquoi pas mille francs, pendant que vous y êtes?... Allons, messieurs, je vois que nous sommes loin de compte... reprenez vos affaires et n'en parlons plus...
Manzana, qui était d'une maladresse insigne, allait proposer un chiffre inférieur, mais je lui lançai un coup d'œil et il se tut... Je suis, de par ma profession, rompu aux marchés de ce genre, et m'entends mieux que quiconque à discuter avec les receleurs... pardon, avec les commerçants... Je sais par expérience que, lorsqu'on a donné un chiffre, il ne faut jamais le baisser immédiatement, sinon l'on s'expose à recevoir une offre ridicule... Je fis donc mine de remballer les objets.
Le marchand me regardait en souriant...
—Voyons, dit-il enfin, raisonnez un peu, messieurs... comment voulez-vous que je paye cinq cents francs...