—C'est bien!... c'est bien, répliquai-je d'un ton maussade, n'en parlons plus... du moment que vous ne vouliez pas acheter, ce n'était pas la peine de nous laisser déballer nos bibelots... et installer une exposition dans votre boutique...
Le gros homme demeura un instant silencieux, puis s'écria tout à coup...
—Vraiment, cela m'ennuie de ne pouvoir faire affaire avec vous... vous êtes certainement de braves et dignes jeunes gens et je suis sûr qu'une autre fois, vous m'apporterez quelque chose de plus avantageux... Tenez... je vous aligne deux cent cinquante francs... vous voyez que je suis arrangeant... C'est tout juste le prix auquel je revendrai ces machines-là... si je les revends...
J'allais opposer au marchand un refus catégorique, mais cet imbécile de Manzana répondit aussitôt:
—Soit, deux cent cinquante.
Je n'avais plus rien à dire.
—Maintenant, reprit le bonhomme, vous connaissez la loi, je dois vous payer à domicile... cependant, comme m'avez l'air d'honnêtes garçons et que je tiens à vous prouver ma confiance, je consentirai à vous payer ici... à condition toutefois que vous me montriez vos papiers... carte d'électeur, quittance de loyer ou... une pièce quelconque...
—Voici, dit Manzana en exhibant froidement la lettre recommandée qu'il avait reçue, le matin même, de sa propriétaire.
Quant à moi, je tendis un vieux passeport, qui avait appartenu, je crois, à un neveu de M. Lloyd George.
Le marchand se contenta de ces pièces d'identité, et nous versa deux cents cinquante francs en billets crasseux dont Manzana s'empara aussitôt.