Je trouvai le procédé assez indélicat, mais avec un rustre comme mon «associé» il fallait s'attendre à tout.

Lorsque nous fûmes seuls, je crus toutefois devoir lui faire remarquer qu'il aurait pu, au moins, me laisser ramasser l'argent. Il se fâcha, voulut le prendre de haut, la dispute s'envenima au point qu'il me saisit au collet.

Cet accès de colère lui coûta cher, car pendant qu'il me secouait en menaçant de m'étrangler, adroitement, d'un geste rapide, je plongeai ma main dans la poche de son overcoat et lui enlevai son browning.

A la fin, honteux de sa brusquerie, il me fit des excuses que j'acceptai d'autant plus volontiers qu'il était à présent à ma merci.

Ah! nous allions bien rire, tout à l'heure, lorsqu'il voudrait replacer le diamant dans le coffre-fort.

IX

UNE EXPLICATION ORAGEUSE

J'ai toujours eu pour habitude de ne jamais désespérer de la Fortune, même quand elle semble devoir m'abandonner tout à fait. Le lecteur a déjà dû s'en apercevoir, et j'ose espérer qu'il n'a pas suivi, sans éprouver à mon endroit quelque inquiétude, les diverses péripéties de ce récit ou plutôt de cette confession. Il a dû remarquer aussi que, jusqu'à présent, le personnage sympathique dans toute cette histoire, c'est moi... moi, Edgar Pipe... un cambrioleur!

Puissé-je jusqu'au bout mériter cette sympathie!