Il craignait évidemment que je ne cherchasse à lui subtiliser notre diamant. J'y avais déjà songé, mais je n'avais pas tardé à reconnaître que cette tentative serait impossible.
Ceux qui nous voyaient passer bras dessus, bras dessous, ne se doutaient certes pas que ces deux hommes, qui avaient l'air si fraternellement unis, n'attendaient qu'une occasion pour se jeter l'un sur l'autre.
Je jouissais intérieurement de la colère de Manzana et j'envisageais déjà l'avenir avec moins d'inquiétude. Manzana était maintenant mon prisonnier et c'est ce qui le mettait en rage.
Avouez que cet homme était réellement trop exigeant.
Heureusement que le hasard se charge toujours d'arranger les choses.
Comme nous longions la rue de Londres, Manzana me dit tout à coup:
—Au fait, pourquoi me conduisez-vous à la gare Saint-Lazare... c'est généralement par la gare du Nord que l'on se rend en Angleterre... Par Calais, le voyage est bien plus court...
—Evidemment, mais il est aussi moins sûr... Tous les malfaiteurs qui s'enfuient en Angleterre passent généralement par Calais, aussi cette ligne est-elle étroitement surveillée... Si j'étais seul, comme je n'ai rien à redouter, je partirais par le Nord, mais avec vous...
—Oui... vous êtes un petit Saint Jean et moi une affreuse canaille...
—Je ne vous l'aurais pas dit...