Bien que sollicité à plusieurs reprises, j'avais répondu évasivement à mes compagnons de voyage et, comme ils insistaient pour avoir mon avis tantôt sur une question, tantôt sur une autre, je pris le parti de me renfoncer dans mon coin et de faire semblant de dormir.
Manzana continuait de discourir, entassant mensonges sur mensonges, heureux de se voir admiré par des gens de distinction.
Il s'était accoudé sur la banquette, dans une pose nonchalante, et ne se souciait pas plus de moi que d'une datte. Il apparaissait bien là sous son vrai jour et je pouvais l'étudier à loisir.
C'était un être vide, prétentieux, adorant la flatterie, mais d'un esprit très borné et d'une éducation douteuse.
Quel triste compagnon j'avais là, et comme il me tardait d'en être débarrassé!
A Rouen, nos compagnons de voyage prirent congé de nous.
Ce fut entre eux et Manzana un échange de politesses outrées. Mon associé, qui tenait décidément à passer pour un hidalgo, baisa galamment la main de la jeune femme et remit sa carte aux deux messieurs, en leur donnant rendez-vous à Monte-Carlo pour le mois suivant.
—Quel bavard vous faites, lui dis-je, lorsque les gêneurs eurent disparu...
—Mon cher, répondit Manzana, un homme du monde comme moi éprouve toujours un véritable plaisir à se retrouver avec des gens de sa condition.
—Merci du compliment, mais permettez-moi de vous dire que ces gens m'ont tout l'air d'affreux rastas... Les deux vieux messieurs, malgré leurs grands airs et leurs gestes arrondis, n'ont rien d'aristocratique... Il suffit de regarder leurs mains et leurs pieds... Quant à la femme, c'est tout simplement une petite grue...