Cette «ivresse» du prince de Ligne devant l'esprit de Voltaire me rappelle d'autres enthousiasmes princiers.
Si jamais poëte fut reconnu poëte à son aurore, c'est Voltaire, Qui donc, avant lui ou après lui, a trouvé un prince du sang pour lui rimer un compliment comme celui-ci? Ces vers du prince de Conti, après la première représentation d'Œdipe, prouvent que Voltaire commença de bonne heure à avoir sa cour:
Ayant puisé ses vers aux eaux de l'Aganippe,
Pour son premier projet il fait le choix d'Œdipe:
Et, quoique dès longtemps ce sujet fût connu,
Par un style plus beau cette pièce changée
Fit croire des enfers Racine revenu,
Ou que Corneille avait la sienne corrigée.
Et le duc de Villars, qui écrivait à Voltaire malade: «Personne ne connaît mieux que vous les Champs-Élysées, et personne assurément ne peut s'attendre à y être mieux reçu. Vous trouverez d'abord Homère et Virgile qui viendront vous en faire les honneurs et vous dire avec un sourire malicieux que la joie qu'ils ont de vous voir est intéressée, puisque, par quelques années d'une plus longue vie, leur gloire aurait été entièrement effacée. L'envie et les autres passions se conservent en ces pays-là; du moins, il me semble que Didon s'enfuit dès qu'elle aperçoit Énée: quoi qu'il en soit, n'y allons que le plus tard que nous pourrons.»