PARIS
HENRI PLON, ÉDITEUR 8, RUE GARANCIÈRE

MDCCCLX

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PRÉFACE

DE JULES JANIN.


Eh donc! le revoilà; c'est bien lui! Je le reconnais à son sourire, à sa malice, à son génie, à sa politesse exquise, à cette élégance innée, à ses passions, à ses délires, à ses métamorphoses, à sa profonde horreur pour ce qui est lâche et vil, à son admiration pour ce qui est simple et vrai! Tant de génie et d'éloquence en un si petit corps! Tant d'autorité toute-puissante dans ce petit bonhomme «Arouet, fils de mon notaire et garçon d'esprit!» Çà! voyons comment donc M. Arsène Houssaye a pu s'y prendre avec ce papillon, ce taureau, ce zéphyr et ce volcan?

D'abord il l'a couronné roi. Rien que cela? Une simple couronne de roi... Et pour qui donc gardes-tu les étoiles?... «Ma destinée a été, disait-il, d'être un homme public coiffé de trois ou quatre lauriers, et d'une centaine de couronnes d'épines.» Il eût dit tout simplement: «d'une centaine de couronnes,» que pas un ne l'eût démenti. Le temps même, le temps, ce grand destructeur, ajoute à ce royaume, à cette domination, à cette couronne! Il est resté notre espoir, notre consolation et notre orgueil, notre père et notre mère; il est tout nous-mêmes; il est tout ce siècle; il est le monde!... Et plus nous sommes insultés par les cuistres, et plus nous comprenons combien il disait vrai:—«Je vous ai délivrés d'une bête féroce!» nous disait-il. Non, non! il l'avait muselée à peine, et la bête féroce a brisé sa muselière. Il est vrai que Voltaire est encore le seul aujourd'hui qui la puisse dompter de nouveau.