Sous la figure de l'Amour.

L'Amour et vous, vous êtes du même âge,

Et Vénus a moins de beauté;

Mais malgré ce double avantage,

J'ai reconnu bientôt la vérité:

Pimpette, vous êtes trop sage

Pour être une divinité.»

Et le poëte continue en prose: «Il n'est point de dieu qui ne dût vous prendre pour modèle. On compte nous surprendre ce soir; mais ce que l'amour garde est bien gardé: je sauterai par les fenêtres, c'est le chemin des amants, et je viendrai sur la brune à la porte de madame votre mère.»

Cette entrevue fut découverte: au lieu de deux gardes, Voltaire en eut quatre. De son côté, madame du Noyer mit Pimpette sous clef; mais, en dépit de tous les geôliers du monde, des amoureux de bonne volonté ne parviennent-ils pas à se voir? Arouet et Pimpette eussent trompé l'univers. Ils se revirent encore, mais ce fut pour la dernière fois. A La Haye, des rendez-vous nocturnes ne sont pas si doux qu'à Venise ou à Séville: Pimpette s'enrhuma; bon gré mal gré, il lui fallut rester au lit. Voltaire n'avait plus que deux jours à passer en Hollande, il écrivit lettres sur lettres; mais il lui fallut partir sans dire adieu à la divine Olympe. Le lundi au soir, 16 décembre 1713, il écrivit avant de monter en voiture: «Adieu, mon adorable: si on pouvait écrire des baisers, je vous en enverrais une infinité par le courrier.» Trois jours après, il écrivait du fond d'un yacht qui le conduisait de Rotterdam à Gand: «Nous avons un beau temps et un bon vent. Nous ne sommes que nous deux, M. de M*** et moi; je vous jure que je ne m'aperçois pas que je suis dans la compagnie d'un bon pâté et d'un homme d'esprit. Ma chère Pimpette me manque; mais je me flatte qu'elle ne me manquera pas toujours, puisque je ne voyage que pour la faire voyager elle-même.»

Dans la lettre suivante, Voltaire raconte son arrivée à Paris, où il débarqua la veille de Noël: «A peine suis-je arrivé à Paris, que j'ai appris que M. L*** avait écrit à mon père contre moi une lettre sanglante; qu'il lui avait envoyé les lettres que madame votre mère lui avait écrites, et qu'enfin mon père a une lettre de cachet pour me faire enfermer. Je n'ose me montrer. J'ai fait parler à mon père; tout ce qu'on a pu obtenir de lui a été de me faire embarquer pour les Iles; mais on n'a pu le faire changer de résolution sur son testament qu'il a fait, dans lequel il me déshérite. Ce n'est pas tout: depuis plus de trois semaines je n'ai point reçu de vos nouvelles, je ne sais si vous vivez et si vous ne vivez point bien malheureusement; je crains que vous ne m'ayez écrit à l'adresse de mon père, et que votre lettre n'ait été ouverte par lui.»