—Comprends-tu, ma chère Emma, que mon mari puisse s'amuser aux propos éloquents que lui débite Elisabeth!
—C'est un comble, dit l'amie; mais, c'est égal, veille sur ton mari, car toutes les femmes le trouvent trop beau.
—Je ne puis pourtant pas le mettre sous clef.
—Non, mais ne lui donne pas la clef des champs!—et ne la prends pas toi-même.
La vérité, c'est que M. de Chavannes était trop beau pour un homme seul: il n'avait pas à se mettre en quatre pour que les chercheuses d'aventures lui fissent tourner la tête de leur côté. Il y a toujours à Paris, dans les hautes régions mondaines, trois ou quatre hommes qui sont maîtres du champ de bataille, parce que les femmes sont toutes des brebis de Panurge. Elles vont aveuglément où va la première. Don Juan aura éternellement raison: prendre une femme haut la main, c'est les prendre toutes,—je parle de celles qui se laissent prendre.—Et plus les femmes sont malheureuses avec lui, plus le flot monte et le submerge. Le poète espagnol n'a-t-il pas dit que Don Juan pouvait prendre un bain dans les larmes de ses victimes?
Maurice allait-il en arriver là? On lui promettait de le proposer pour le prix Montyon. Les femmes sont ainsi faites, qu'elles n'aiment pas le bonheur—des autres.
III
Une de ces railleuses dit un jour à Maurice:
—Voyons, il est temps de commencer votre cinquième ou sixième lune de miel avec une autre amoureuse, pour voir si c'est toujours la même chose.
Or, voici ce qui arriva. Maurice était d'un cercle, comme presque tous les mondains. Quoiqu'il fût absolument le mari—et l'amant—de sa femme, il n'avait pas brisé avec toutes les demi-mondaines. Quelques-unes lui écrivaient encore pour ceci ou pour cela,—question d'argent;—car il était couché sur le grand-livre de la dette publique de ces dames.