Naturellement toutes ces lettres lui arrivaient au cercle.
Un matin, il regarda à deux fois avant de briser le cachet d'une enveloppe japonaise. Ce cachet à la cire représentait une couronne de princesse, une couronne fermée sur un écusson sérieux. Il respira le parfum de la cire et de l'enveloppe.
—D'où diable cela vient-il? C'est un parfum tout nouveau pour moi: violette et lys.
En ouvrant le billet, il trouva que l'écriture était d'une haute distinction; aussi prit-il un vif plaisir à lire ces quelques mots:
Je vous aime! Je voudrais vous dire cela avec un masque. J'ai vingt-trois ans, pas un mois de nourrice en plus. Voyez mon portrait, pour savoir si je suis belle. Voulez-vous perdre une heure à causer, avec moi?
Oui, n'est-ce pas? Passez ce soir avenue Montaigne, à dix heures, mais non pas dans votre coupé; prenez la première voiture venue, si elle est fermée. Je descendrai de l'hôtel d'une de mes amies. Nous ferons un tour au Bois; mais jurez-moi vos grands dieux que vous ne soulèverez pas mon triple voile. Le bonheur se cache; moi je veux cacher ma figure, comme mon bonheur. Il me semblera que mon crime sera à moitié pardonné.
«CELLE QUI NE DIT PAS SON NOM.»
Tout en lisant, Maurice avait regardé la petite photographie que renfermait l'enveloppe. C'était une très jolie figure, animée par les plus beaux yeux du monde; la bouche était cruellement voluptueuse dans son sourire félin, les lèvres s'entr'ouvraient charmeuses et gourmandes. Maurice était ravi; mais il regretta de voir le cou, les épaules et le sein tout encharibotés de fourrures.
—Diable! dit-il, s'il y a trois voiles avec tout cela, je ne vois pas bien ce qu'il y aura à mettre sous les dents!
Tout homme a son confident: Maurice ne put s'empêcher de montrer cette lettre à un ami du Club.
—Que ferais-tu à ma place?
—La belle question! j'irais au rendez-vous.