Henry, c'était le fils d'un ami de M. d'Harcours, tué comme lui à la bataille d'Orléans. Le fils était alors lieutenant au 2e chasseurs d'Afrique. Il connaissait le voeu de la mourante; mais, ayant appris qu'elle se voulait faire carmélite, il s'était retourné vers la première des deux cousines que devait doter Mlle d'Harcours.

Voilà pourquoi Lucia, le second jour de son arrivée à Paris, avait rencontré M. Henry Malville chez sa tante. Il était en congé pour les derniers mois de l'hiver. Il ne lui plut pas à première vue, aussi fut-elle contente quand elle s'aperçut qu'il était en conversation très familière avec une de ses cousines.

—Jeanne, lui dit-elle, je veux que tu épouses M. Henry Malville; s'il ne faut pour te décider qu'un collier de perles, je te donnerai le mien.

Quelle est donc la jeune fille qui refuserait un collier de perles et un mari?—et un mari dans le galant uniforme des chasseurs d'Afrique, bronzé par le soleil, yeux fiers, moustache retroussée? Jeanne accepta d'abord le collier de perles.

Si Lucia avait parlé ainsi, c'était dans la peur d'aimer Henry Malville.

III

A quelques jours de là, les deux cousines jouèrent chez la duchesse de *** une comédie de paravent faite tout exprès pour elles. Elles la jouèrent à merveille, avec un jeune premier, sans théâtre, quoi qu'il fût charmant et que Delaunay l'eût stylé dans la tradition des talons rouges.

Lucia fut ravie de la comédie, des comédiennes—et du comédien.

—Moi aussi, dit-elle, je voudrais bien jouer la comédie; ce doit être si amusant de n'être plus soi et de jouer un autre rôle dans la vie.

Cela ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Un ami des cousines, Henry Meilhac, qui aime la beauté dans toutes ses expressions, dit à Mlle d'Harcours qu'il lui ferait une comédie.