IL NE FAUT JURER DE RIEN
X
IL NE FAUT JURER DE RIEN
I
Qui ne connaît le banquier Karl Oberbach, venu pauvre à Paris il n'y a pas longtemps, ambassadeur extraordinaire de M. de Bismarck, comme Vonbergher et autres bonshommes de Francfort ou de Hambourg qui font les gentilshommes à la Bourse de Paris? M. de Bismarck leur a dit: «Allez, mes enfants; la France ne nous a donné que cinq milliards, mais il n'en faudra pas beaucoup comme vous pour achever la ruine de nos voisins.»
Une fois en France, ces bonshommes plus ou moins barons se sont figurés qu'ils étaient princes chez nous parce qu'ils avaient les mains pleines d'or parisien. Comme, grâce à Dieu, ils ne sauront jamais le français, ils se sont dit entre eux: «Nous sommes quelques-uns,» croyant dire: «Nous sommes quelqu'un.»
Oui, bonshommes de Francfort et de Hambourg, vous êtes quelques-uns, vous avez continué les exploits des grands chemins, moins la bravoure de M. de Cartouche. Mais ceci ne vous empêche pas d'avoir chez nous pignon sur rue et de nous prendre nos femmes—celles qui se vendent—par le mariage ou à côté du mariage.
Karl Oberbach ne s'était payé qu'une maîtresse. Elle est aussi jolie qu'il est laid—les extrêmes se touchent, dans le pays de l'amour comme partout.—C'est d'ailleurs la loi de la nature.
La maîtresse du banquier lui donnait des leçons de savoir-vivre et des leçons de français. Une belle Hollandaise, que je félicitais de parler le français des Parisiennes, me répondait en souriant: «C'est le Français qui m'a appris l'amour—et c'est l'amour qui m'a appris le français.» Mais Karl Oberbach aura beau faire, il n'apprendra ni l'amour ni le français, même avec une adorable créature comme Lili. (Son nom de famille est très connu.)