Lili s'ennuie dans ce somptueux hôtel de la place de l'Étoile, tout rempli de sa grâce, de son babil et de ses chansons. Quoi! direz-vous, une si jolie fille avec un pareil malotru? Quoi! des chansons devant ce bonhomme qui ne fait que compter son argent?

Eh! mon Dieu, oui, la femme s'arrange de tout sous une pluie d'or et devant un miroir. Lili est emprisonnée, par ce geôlier qui croit que l'Arc-de-Triomphe n'a été élevé que comme point de vue de son hôtel; mais il n'y a point de prison pour le coeur.

Une comédienne, ancienne amie de Lili, vint la voir un matin.

—Ah! Lili, comme tu es heureuse d'habiter un pareil hôtel, dans un luxe inouï.

—Heureuse! oui, heureuse à en pleurer! répondit la maîtresse du baron.

La comédienne lui sauta au cou.

—Eh bien, je te comprends. N'est-ce pas que les vanités n'étouffent pas le coeur? Et pourtant, voilà une bien jolie cage pour une gentille fauvette comme toi. Est-ce que tu chantes toujours?

—Oui, quand je chante, je ne pense pas. Et puis j'espère bien rentrer au théâtre.

—Ou rentrer dans ton amour.

—Oh! tu le connais bien. Avec lui, c'est le bonheur qui traîne la misère.