Rentré chez lui vers minuit, il alla droit à sa femme qui était couchée. «Madame, il vous a plu de vous faire peindre toute nue, eh bien! désormais, vous irez toute nue!»
V
A peine eut-il parlé qu'il souleva le drap du lit, déchira la chemise de sa femme, l'arracha par lambeaux et la jeta dans l'âtre où le feu brûlait encore.
Ce n'était que le commencement. Pendant que Mme de Marcy s'indignait en se recouvrant, il saisissait la robe qu'elle venait de défaire—laquelle robe eut le sort de la chemise—ce qui était bien dommage, car c'était là deux oeuvres de fée—une chemise transparente toute enrubannée comme pour la Belle au bois dormant, et une robe de velours, frappé au lys ayant coûté une nuit d'insomnie à Worth.
Après ce sacrifice à sa colère, M. de Marcy dévasta toutes les armoires pour continuer son auto-da-fé.
Ce fut un rude travail; il lui fallut allumer encore deux feux de joie dans le salon et le petit salon.
La marquise avait sonné, mais lui saisissant la main, il arracha le cordon de sonnette. Elle avait appelé, mais à l'apparition de sa fille de chambre, il se contenta de lui montrer un revolver pour qu'elle rebroussât chemin.
Sa femme le sachant aveugle dans ses fureurs, se tint coi, moitié riant, moitié pleurant, jouant le dédain et la raillerie pour cacher ses angoisses. Tant de belles robes qu'elle ne reverrait plus! Mme de Sévigné ne disait-elle pas: «Hormis leurs robes, les femmes n'ont point d'amies!» Et puis, pour la première fois, Mme de Marcy voyait le péril de son équipée.
Au bout d'une heure,—un siècle pour la pauvre femme,—toutes les robes étaient brûlées. M. de Marcy, content de son oeuvre, dit à la marquise:
—Maintenant, allez vous promener!