Comment avoir raison de cet outrage? Comment se venger de cet homme qu'elle croyait, comme tous les siens, l'ennemi de sa famille? Elle pria Dieu, comme si la justice de Dieu frappait de telles félonies.
Diane avait ses cahiers roses et ses cahiers bleus: des confidents muets de ses joies et de ses peines. Ce jour-là, elle prit un cahier noir. Elle se confessait bien plus à elle-même qu'à son confesseur. Voici une page écrite aux premières secousses de son indignation.
«Je suis exaspérée! j'ai vécu dans la fièvre depuis cette après-midi. Je me croyais dans le parc comme dans une salle de bain; ma mère m'avait pourtant avertie du danger. Un étranger, un ennemi m'a surprise au moment où je descendais dans l'étang. C'en est fait de toutes mes illusions. Je suis empêchée à tout jamais d'être heureuse, car je ne me sens plus dans l'atmosphère virginale des jeunes filles. Je me hais et je hais M. de «Montmartel! O mes larmes! mes larmes!»
Le désespoir de Mlle de Saint-Amant fût si profond qu'un peu plus elle se réfugiait au couvent pour trouver une retraite inaccessible.
IV
Dès que Nina et Versillac furent partis, Arnold s'en fut tout droit chez le curé de Belmarre qui avait été un instant son précepteur.
—Mon cher maître, je renonce à Satan, à ses pompes, à ses oeuvres. Je suis éperdument amoureux de Mlle de Saint-Amant. Nos familles sont des Capulet et des Montaigu, il faut effacer ces haines par un mariage qui sauvera ma jeunesse et qui fera la joie de mon coeur.
Le curé, quelque peu surpris, demanda à Arnold où il avait vu Mlle de Saint-Amant. Un peu plus Arnold répondait «au bain», mais il se reprit et dit «à la messe». Ce mot lui regagna le coeur de l'homme en soutane.
—Vous a-t-elle vu?
—Jamais! Mais je sens à mon coeur qu'elle daignera m'écouter; sa mère non plus ne sera pas bien féroce, car vous vous souvenez qu'il y a sept ou huit ans, je l'ai sauvée d'un grand péril en me jetant à la tête de ses chevaux.