—Jamais! m'écriai-je; je ne veux pas être témoin de ces choses-là; d'ailleurs, je porte malheur; j'ai été témoin de Roger de Beauvoir, d'Hector de Callias et d'Olivier Métra. Vous savez l'histoire de ces hyménées.

—Eh bien! si vous ne voulez pas être un de nos témoins, vous serez au moins un de nos convives?

Je ne pouvais pas refuser; j'allai même à la messe pour voir cette mariée de théâtre, qui me parut un peu trop noire même sous son voile blanc; le soir, au dîner, elle fut charmante, gentille à croquer pour son mari, pleine de charme et d'agrément avec tout le monde.

—Après-tout, me dis-je, en les quittant, il n'est pas impossible qu'ils ne soient heureux.

Cependant j'avais beau chercher dans mes souvenirs l'histoire des mariages de théâtre, je ne pouvais rebâtir la chaumière de Philémon et Baucis.

III

Trois ou quatre mois après, à la mi-juillet, j'allais au Havre prendre les bains de mer. Après la mer, la vraie distraction, c'est encore le théâtre. J'aime les cabotins de province; il y a toujours parmi eux des originalités, des talents en germe, des figures imprévues. A la table d'hôte de Frascati, on parla d'une représentation extraordinaire où devait débuter Mme Marguerite Bouquet, «des théâtres de Paris».

—Il paraît qu'elle est fort jolie, dit l'un.

—Oui, dit l'autre; mais il ne faut pas s'y risquer, car son mari est chef d'orchestre et il a toujours son archet suspendu sur les amoureux de sa femme. On dit d'ailleurs que c'est une vertu.

—Voilà qui est invraisemblable, dit celui-ci.