—Pourquoi pas, dit celui-là, le théâtre étant l'école des moeurs.

Je ne me fis pas prier pour aller le soir à la représentation extraordinaire. On donnait deux actes des Contes de la Reine de Navarre. Marguerite joua le rôle de Madeleine Brohan avec beaucoup de grâce et de brio; mais, par malheur, elle était condamnée à chanter ensuite je ne sais plus quel rôle, dans une opérette,—et elle avait perdu sa voix dans la prose de M. Scribe;—aussi l'on n'entendit que des notes dépareillées. Heureusement que son mari était chef d'orchestre; elle lui criait sans cesse:

—Fais donc chanter les violons pour couvrir ma voix.

Le pauvre chef d'orchestre se démenait comme un diable dans un bénitier. Tout à coup, Pâquerette m'aperçut; c'était vers la fin, elle me fit signe d'aller dans sa loge. J'y allai de bien bon coeur; je lui fis mes compliments d'être une si belle reine de Navarre.

—Oui, dit-elle, je crois que je suis Basque, et je comprends bien Marguerite; mais je suis furieuse d'être obligée de chanter avec une voix brisée.

—Qu'est-ce que cela fait? Bouquet y a pourvu.

Le mari survint, tout joyeux, portant un dernier bouquet jeté à sa femme, sans lui dire que celui-là il l'avait acheté.

—Voyez-vous, me dit-il, cette femme est insatiable de bouquets.

—C'est à cause de ton nom, monsieur mon mari; mais tu es encore mon plus beau bouquet.

Il me fallut souper avec eux au cabaret; je constatai avec plaisir que c'étaient toujours des amoureux. A chaque instant, Pâquerette allait s'asseoir sur les genoux de Wilfrid en disant: «Mon petit violon! mon petit coeur! mon petit amour!» Elle n'était pas plus grande que lui, mais à son bras elle avait l'air d'une amazone, par sa désinvolture altière.