Nous nous promîmes de nous revoir. Un jour que, tout en cherchant des curiosités, je passai dans leur rue, je frappai à leur porte. La reine de Navarre fut quelque peu confuse: elle était en train, tout en repassant son rôle, de repasser sa chemise, de recoudre des perles à sa robe et à sa couronne de reine. Aux quatre chaises étaient suspendus des gants qu'elle venait de passer à l'esprit-de-vin et une collerette qu'elle avait passée au bleu. Elle était tout à la fois sa couturière, sa blanchisseuse et sa femme de chambre.
Qui donc faisait la cuisine dans cet intérieur du Roman comique? Bouquet. Je le surpris veillant au pot-au-feu, qui mêlait son fumet savoureux aux parfums de l'esprit-de-vin et du savon de Marseille. Ce n'est pas tout. Bouquet n'était pas seulement cuisinier, il était aussi couturière, car il recousait une robe de ville coupée dans une robe de théâtre, pour que sa femme pût aller sur la plage avec lui, ce qui ne l'empêchait pas de jouer ça et là un air de violon.
—Voilà qui est parfait, dis-je, si vous n'êtes pas heureux là-dedans, vous êtes difficiles à vivre.
—Que voulez-vous, murmura Pâquerette, au théâtre, quand on aime son mari et qu'on ne veut pas sauter le pas, il faut vivre de peu.
—Ma belle enfant, ce peu c'est tout.
—Voyez-vous que vous pouviez bien être un de nos témoins!
—Je suis mieux que cela, je suis votre admirateur!
C'était l'heure du dîner; un peu plus, on me forçait à me mettre à table pour ce repas homérique. Je me dérobai, non sans peine, accompagné de Bouquet, qui allait chez le mastroquet acheter un litre de petit bleu à seize. Ce ne fut pas sans peine que je le décidai à accepter pour sa femme un panier de vin fait avec du raisin.
Ah! comme il était content de penser que les belles lèvres amoureuses de Pâquerette tremperaient dans le beau rouge du Château-Laffitte!
Il était si heureux d'être heureux!