IV

Le soir, Pâquerette, ne jouant pas, fit un tour dans les salons de Frascati.

—Comment, lui dis-je, sans votre Bouquet?

—Oui, me répondit-elle en mettant la main sur le coeur, il me manque quelque chose là.

J'avais au bras un de mes amis qui prenait la mauvaise habitude de braconner sur le mariage. Il offrit à Pâquerette de valser avec lui. Elle refusa net, en lui disant qu'elle ne valsait qu'avec son mari; mais elle n'en joua pas moins de l'éventail, enchantée qu'on la trouvât jolie femme et bonne comédienne. Mon ami voulut remplir le rôle du serpent, malgré mes railleries. Il avait rencontré Pâquerette courant le soir, à pied, les vilaines rues du Havre par un temps de chien; il s'étonnait qu'elle n'eût pas un coupé à deux chevaux pour la conduire au théâtre et pour la ramener chez elle.

—Deux chevaux! s'écria-t-elle, j'y ai pensé; je n'ai pas seulement de quoi m'acheter des robes. Voyez plutôt, je porte une robe de théâtre refaite pour la ville.

—Et encore, dis-je, son mari, qui est bien gentil, y a mis la main.

Le braconnier s'indigna. Quelques jeunes gens survinrent; ce fut un quatuor de madrigaux. C'était à qui offrirait les deux chevaux à Pâquerette. Mais elle répondit:

—J'aime bien mieux aller à pied.

Pourtant je fus inquiet quand je la vis questionner ces gens-là sur le style des équipages, sur les races des chevaux.