«Il n'est bruit dans nos contrées, que de l'arrestation d'une de ces demoiselles à la mode qui sont le désespoir des familles. Celle-ci, qui s'est baptisée du nom de Violette, mais qui s'appelle Marty de son nom de famille,—un vrai nom de mélodrame—est venue dans un château voisin, il y a quelque temps, en proie à une rage de jalousie qui l'a poussée, dit-on, à un crime abominable. S'il faut en croire le bruit public, elle aurait répandu le poison des Médicis sur un bouquet roses-thé qu'on devait offrir à une jeune fille de la plus haute famille au moment de ses fiançailles. Au moment de son arrestation, cette demoiselle Violette a prononcé un nom bien connu ici, un nom illustre qu'il est de notre devoir de ne pas rappeler. La justice suit son cours: la malignité publique va trouver bien des motifs de curiosité dans cette cause, qui sera célèbre.»

Le procureur impérial n'avait pu étouffer l'affaire, le médecin de Champauvert ayant parlé partout avec mystère du bouquet empoisonné. Le juge d'instruction avait si bien cherché l'étrangère de l'hôtel du Lion-d'Or, errant un matin à Champauvert, qu'il avait trouvé ses traces. Voilà pourquoi il avait signé un mandat d'arrêt «contre la fille Louise Marty dite Violette, domiciliée à Paris, rue d'Albe, no 7, anciennement avenue d'Eylau.»

Octave lisait pour la seconde fois la lettre de M. Rossignol, quand son valet de chambre lui dit qu'un homme de mauvaise mine, tout noir, avec une cravate rouge, demandait à être introduit.

Cet homme se présenta presque aussitôt devant lui. Il reconnut un de ces rôdeurs parisiens, familiers au Palais de Justice, aux cabarets nocturnes, à tous les mauvais lieux. «Que me voulez-vous? demanda le duc de Parisis.—C'est que, voyez-vous, monsieur, j'ai une correspondance pour vous.—Eh bien!»

L'homme à la cravate rouge fit un signe au valet de chambre de s'éloigner. Il tira de son portefeuille,—car il avait un portefeuille, —un admirable portefeuille en cuir de Russie qu'il avait volé la veille à un Anglais, sous prétexte de lui demander du feu pour allumer son bout de cigare. «Entre nous, monsieur le duc, dit-il, il ne faut pas m'en vouloir; je suis incognito facteur de la petite poste des prisons. Je rends plus de services à moi tout seul que tous les employés de la grande poste, et on peut me confier des valeurs: vous voyez, mon prince, que j'ai un portefeuille.—Est-ce que vous m'apportez de l'argent? dit le duc de Parisis en souriant.—De l'argent? Vous me feriez mettre à la porte. Je vous apporte mieux que cela.»

Et le messager des prisons remit à Octave une lettre de Violette. «Est-ce qu'il y a une réponse? demanda Octave en décachetant la lettre.—Oui, la dame est au secret; mais, sur mon honneur, ce que vous écrirez lui arrivera.»

Et comme il y a des joueurs de mots à tous les dégrés, celui-ci ajouta: «Il n'y a point de secret pour moi.»

Voici la lettre de Violette:

«Octave! Octave! je suis à moitié morte de chagrin. Le savez-vous? Hier, comme je revenais du bois, deux hommes, qui étaient à ma porte, m'ont dit de les suivre à la préfecture de police. J'ai voulu passer, le premier a mis brutalement la main sur moi; j'ai résisté; le second m'a parlé plus doucement et m'a proposé de monter dans un fiacre. Il m'a fait comprendre qu'il fallait obéir si je voulais éviter un grand scandale dans une rue où tout le monde me connaissait. Je suis montée en fiacre, espérant bien qu'il y avait une méprise et que le juge d'instruction me rendrait la liberté; mais on m'a jetée dans un cachot, comme une criminelle, avec trois autres femmes que je ne connais pas. De quoi m'accuse-t-on? grand Dieu! Une de ces femmes m'a confié, avec un air de sympathie, qu'elle n'était là que pour me parler. Dieu sait si j'ai quelque chose à dire! Si vous recevez cette lettre, qu'elle m'a promis de vous faire parvenir, sauvez-moi de cette mort anticipée. Le mandat d'arrêt portait bien mon nom de Louise Marty, surnommée Violette; mais je suis sûre qu'il y a une erreur de la justice. Octave! Octave! Pourquoi ne m'avez-vous pas laissée mourir à la porte de Mme d'Entraygues?

«VIOLETTE.»