Parisis n'avait fermé que la petite porte du milieu. Là était le secret du jour, c'était la place du coeur. «Oh! que je voudrais que cette porte fût ouverte!» Mais si la porte se fût ouverte comme par miracle, elle eût été bien étonnée. Il n'y avait rien dedans. Et alors eût-elle pensé que c'était la place réservée à ses lettres, à ses portraits, aux fleurs cueillies avec elle, à son gant arraché par lui.

«Voyons! lui dit sa tante. Octave va rentrer et nous surprendre. Il nous fera conduire au poste comme des aventurières.—Ne craignez rien, ma tante, quand on vient ici par l'escalier dérobé, on est toujours bien reçu. Mais partons, parce que je ne veux pas que mon cousin me voie avant de m'aimer.—Que tu es enfant! Il ne t'aimera que s'il te voit.»

Geneviève suivit sa tante en respirant la fleur des tropiques.

VI

LA MARGUERITE

Il était dix heures du soir. Il neigeait. Paris tout encapuchonné, comme un bénédictin dans son blanc linceul, se disposait à courir les aventures.

C'était la nuit du mardi gras; les derniers Romains, les Parisiens de la décadence, voulaient encore une fois, avant les jours sombres du carême, se couronner de roses et jeter leurs derniers bonnets par-dessus le dernier moulin de Montmartre.

Tout s'en va! les moulins, les carnavals et Paris lui-même.

Un vrai Parisien de la vraie décadence, Octave de Parisis, se préparait à cette belle nuit de carnaval, à l'ambassade de ——. Il se déguisait en Faust, cherchant l'amour: «un jeune gentilhomme vêtu de pourpre et brodé d'or, le petit manteau de soie roide sur l'épaule, la plume de coq au chapeau, une longue épée affilée au côté.»

Allait-il, comme le vrai Faust, faire l'expérience de la vie? Et devait-il se dire aussi comme Faust: «Quel que soit l'habit que j'endosse, en sentirai-je moins les déchirements et les angoisses de mon coeur?»