Un soir, la nuit était venue depuis plus d'une heure, quand Hyacinthe, familière aux chemins et aux sentiers du parc, alla puiser de l'eau.
On n'avait pas encore rebâti la glacière; l'eau de cette source était si froide qu'elle tenait presque lieu de glace. Parisis avait toujours l'habitude de boire du vin de Champagne en le coupant avec de l'eau de source; il le croyait presque frappé.
Or, ce soir-là, elle laissa tomber sa cruche et revint en toute hâte, blanche comme une statue. «Qu'avez-vous?» dit Geneviève, qui traversait le salon pour passer dans la salle à manger.
Hyacinthe la regardait avec de grands yeux effarés qui lui firent peur. Parisis survint. «Qu'y a-t-il? demanda-t-il à son tour.—Je viens de voir Violette, dit Hyacinthe sur le point de se trouver mal.—Vous êtes folle!—Je ne sais si c'est une vision, mais j'ai vu Violette comme je vous vois; j'allais me penchera la fontaine, elle était au-dessus sous les arbres, toute vêtue de noir. La terreur m'a prise, au lieu d'aller à elle je me suis enfuie.
On n'entra pas dans la salle à manger. Octave s'élança sur le perron qui descendait sur le parc. «Octave, je vais avec vous!» lui cria la duchesse.
Geneviève suivit son mari, Hyacinthe suivit Geneviève. Il les prit toutes les deux par le bras et les entraîna vers la source.
Vainement ils parcoururent tout ce côté du parc. «Vous voyez bien, ma chère Hyacinthe, que vous êtes une folle, dit la duchesse à son amie.—Peut-être pas si folle que cela!» pensait Parisis.
On dîna avec quelque agitation. L'éclat des lumières n'avait pas ramené la gaieté sur la figure de Mlle Hyacinthe. Elle était toute à sa vision, elle ne parlait que par monosyllabes, elle avait des distractions incroyables.
Aussi elle proposa à la duchesse d'aller avec elle à la fontaine. «Peut-être la reverrons-nous? Avec vous je n'aurai plus peur.—Allons,» dit la duchesse.
Et les voilà toutes les deux à la porte. «Allez, allez, dit Parisis.
Il ne faut jamais fuir les fantômes.»