La vertu est une robe faite après coup sur la nature, pour cacher les battements du coeur. Ce qui fait la force de la femme, c'est que l'homme croit trouver la vertu sous la robe.
L'antiquité a connu M. de Cupidon—un enfant qui n'était pas né à l'amour.—Les anciens ont élevé des temples à Vénus—Vénus pudique et Vénus impudique—aux chasseresses comme aux bacchantes;—mais ils n'ont pas pénétré dans le divin sanctuaire de l'amour. Nous ne connaissons plus les neuf Muses, mais nous savons par coeur toutes les sublimes strophes de cette muse moderne qui s'appelle la Passion. Si nous avons moins bâti de temples à l'idée, nous avons pieusement élevé l'autel du sentiment.
Chez Sapho, comme chez Didon, l'amour a toutes les violences, toutes les colères, toutes les fureurs, mais il ne s'attendrit jamais jusqu'aux larmes. Elles sont égarées, mais elles ne pleurent pas. Le feu qui les altère, qui les dévore, qui les consume, c'est la volupté de la louve. Ce n'est pas la soif de l'infini qui les attire, ce n'est pas la piété universelle qui ouvre et répand leur coeur sur toutes choses: elles sont dominées par les désirs qu'allume le sang.
La femme que nous a donnée le christianisme ne voudrait pas, au prix de la couronne de Didon ni de la gloire de Sapho, traverser cet enfer de l'amour païen. La femme nouvelle, tout en subissant les morsures des bêtes féroces de la volupté, se détache, d'un pied victorieux, de la fosse aux lions par ses aspirations vers l'infini. Elle sait que sa vraie patrie est au delà de la forêt ténébreuse qui lui cache le ciel.
Dans l'antiquité, la femme ne mettait que l'amour dans l'amour; dans la Vie moderne, la femme y met aussi Dieu. Voilà pourquoi il y a moins de Messalines et plus de La Vallières.
Mme de Fontaneilles était la femme du christianisme; mais à force de contenir ses passions en les voulant vaincre, elle se sentait vaincue, comme les femmes de l'antiquité qui jetaient leurs imprécations aux vents des forêts et aux vagues de la mer. Le corps se révoltait contre l'âme, la nature étouffait Dieu.
Octave sera-t-il là, le jour de la crise? En attendant, on jouait à Parisis aux jeux innocents, au jeu de cache-cache, au jeu des petits-pieds, charmantes folâtreries où l'amour trouve toujours son compte. On dit les jeux innocents par antiphrase.
XVII
LE DÉJEUNER SUR L'HERBE
On renouvela donc à Parisis les belles fêtes agrestes du XVIIIe siècle. C'était tous les jours des cavalcades dans la forêt, des caravanes vers les châteaux voisins, des déjeuners et des goûters sur l'herbe, vrais tableaux vivants à réjouir Giorgione.