Octave de Parisis regardait Geneviève avec adoration: il lui sembla qu'un rayon descendait dans son âme et y répandait une lumière toute divine. «A propos, dit la marquise de Fontaneilles, qui avait voulu réserver son effet, je ne vous ai pas présenté à Mlle Geneviève de la Chastaigneraye.—De La Chastaigneraye!» s'écria M. de Parisis.
Il se leva et s'inclina: «Mademoiselle, vous êtes ma cousine; moi je vous présente M. Octave de Parisis; car vous ne m'avez jamais vu.» Geneviève, qui jusqu'à ce jour n'avait pas menti, ne s'en acquitta pas trop mal: «Je vous ai vu, monsieur mon cousin, mais c'est du plus loin qu'il m'en souvienne.—Ma cousine, il faut que je vous embrasse!» Geneviève, très émue, essaya de railler.—«Oh! mon cousin, devant la mer, que dira le flux?—Le flux reculera épouvanté,» dit Mme de Hauteroche.
On s'embrassa vaillamment, ce qui n'eût pas peu surpris Mile Violette de Parme, si elle n'eût alors regardé un grand d'Espagne qui fumait pour elle. Cigare d'Espagne de première classe! Parisis parla de sa tante, du séjour à Paris, de son regret de n'avoir pas vu Geneviève. «Moi, mon cousin, je vous voyais tous les jours.—Où donc?—Partout. Au Bois, à la Cour, à l'Opéra.—Ah! oui, je me souviens. Il fallait donc me dire que j'avais la plus belle cousine du monde!—Il fallait le deviner.—Expliquez-moi, ma cousine, par quel miracle nous nous retrouvons ainsi, nous qui sommes Bourguignons, sur cette plage normande, comme des naufragés.—Rien ne s'explique, mon cousin; il est impossible de trouver un sens aux grands événements qui bouleversent le monde: comment voulez-vous savoir pourquoi nous nous rencontrons ici? Je suppose que ce n'est pas pour me voir que vous y êtes venu.»
Geneviève jeta un rapide regard vers Mlle Violette. «Je vais vous le dire, pourquoi vous êtes ici tous les deux, reprit Mme de Hauteroche: c'était écrit là-haut; c'est la destinée qui a marqué votre rencontre à Dieppe; je ne suis pas une tireuse de cartes, mais je lis dans les astres—et dans les coeurs.»
On entama une causerie à perte de vue sur le hasard et sur la destinée. Personne ne fut convaincu; tout s'évanouit dans les notes harmonieuses de la valse de Faust, qui se maria amoureusement aux hymnes de la mer.
M. de Parisis avait tenu bon, malgré les signes de Violette; mais Violette ayant brisé son éventail, il jugea qu'il ne lui restait que le temps d'aller à elle. Il salua les dames, tout en disant: «Nous reparlerons de cela.» En allant vers Violette, il murmura: «Quel malheur que Geneviève soit ma cousine!»
Il lui sembla que tout son amour était déjà tombé à la mer. Le coeur aime l'inconnu; a beau aimer qui vient de loin. «On n'a jamais aimé sa cousine,» reprit-il.
Violette fit une scène. Il dîna avec elle pour l'apaiser. Mais il était distrait. Violette lui demanda s'il se croyait toujours au bord de la mer avec les femmes comme il faut. «Chut! dit Octave, pas un mot sur ces dames.» Violette parla plus haut et débita des malices sur les grandes dames qui prennent aux petites leurs modes et leurs amants. Octave se fâcha et sortit seul pour aller fumer sur la jetée. Quand il revint, une demi-heure après, on lui dit que Violette était partie par le train de huit heures avec le grand d'Espagne. «Tant mieux!» dit-il. Ce fut son premier mot. Son second mot fut: Tant pis.
Violette était partie désolée, furieuse et jalouse. Elle croyait se venger.
Le duc de Parisis alla au concert du soir, espérant trouver sa cousine Geneviève avec Mme de Fontanelles et ses autres amies. Geneviève et la marquise étaient parties comme Violette par le train de huit heures.