Geneviève conta à sa tante la rencontre sur la plage de Dieppe: «Je vous jure, ma tante, que je serai la duchesse de Parisis si vous me faites pauvre.» Tout en parlant, Geneviève avait apporté une plume trempée d'encre et une belle feuille de papier. «Écrivez, ma tante. —Que veux-tu que j'écrive?»
Geneviève dicta un tout autre testament à sa tante qui murmura: «—J'écris, mais je ne signerai pas. Je veux faire une surprise pour pouvoir rire après ma mort.»
La vieille demoiselle mourut le lendemain dans l'après-midi. Geneviève donna l'ordre d'envoyer des dépêches télégraphiques à toute la famille, mais elle dicta elle-même le billet à Octave:
M. Octave de Parisis, avenue de l'Impératrice, à Paris. Ma tante vient de mourir; je suis désespérée et vous ne viendrez pas!
GENEVIÈVE.
Octave, absent, ne reçut le télégramme que le surlendemain. Aussi, n'arriva-t-il à Champauvert qu'à l'heure des funérailles. Le soir, il embrassa fraternellement Geneviève et alla coucher au château de Parisis.
Quand le matin il salua la sépulture de sa famille, il lui sembla qu'il assistait encore à des funérailles, tant il retrouva vivant le souvenir des siens.
On vint le chercher à midi, pour commencer l'inventaire des papiers de la succession de sa tante Régine; il avait voulu d'abord se faire représenter, mais le juge de paix et le notaire avaient insisté pour qu'il fût là à cause des innombrables testaments ou codicilles que sa tante railleuse s'était amusée à faire.
C'était la toile de Pénélope. Cette femme, qui avait passé sa vie sans faire un pas, tout occupée à prier Dieu et à mettre une pièce d'or sur une pièce d'or, avait beaucoup vécu par le rêve. L'action ne l'avait jamais tentée; son amour pour l'argent était un amour tout platonique, puisqu'elle le cachait et ne s'en servait pas. Mais une de ses plus grandes distractions était de rêver à toutes les aventures de voyage, à toutes les bonnes oeuvres, à toutes les féeries qu'elle pourrait réaliser avec les mains pleines d'or. En ces dernières années, elle n'avait plus songé qu'à ses héritiers. Chaque fois qu'elle faisait un testament, c'était pour suivre de la pensée dans l'avenir les évolutions de sa fortune. Jamais on n'avait tant tourmenté le papier timbré; mais on ne joue pas tous les jours avec cinq millions.
On savait dans le pays que Mlle Régine de Parisis recommençait toujours l'oeuvre de ses dernières volontés; elle ne s'en cachait pas d'ailleurs, elle disait à tout le monde qu'elle léguerait des surprises. Son seul chagrin, dans l'idée de la mort, c'était de ne pas pouvoir soulever la tête dans son tombeau pour voir la figure de ses héritiers.