Georges se confessa et communia.
Dans sa confession il dit au prêtre:
«Vous n'imaginez pas comme j'ai passé une bonne nuit! J'étais libre et je courais comme un enfant les sentiers de mon pays. Mais je ne pouvais franchir le saut-de-loup du Parc-aux-Grives.»
Pendant la «toilette des condamnés», l'abbé—— lut la première page volante crayonnée par Georges:
«Les âmes en peine, ces âmes voyageuses qui ne sont ni du paradis ni de l'enfer, parce qu'elles ne sont détachées ni du bien ni du mal, ont été condamnées à représenter l'esprit de Dieu et l'esprit de Satan devant les âmes de la terre.
«Nous sommes tous les jouets de ces âmes en peine. Nous avons chacun la nôtre.
«On s'imagine qu'on vit en liberté et qu'on fait ce qu'on veut; mais on obéit sans le savoir—et sans le vouloir—à cette âme en peine qui a veillé sur notre berceau et qui nous conduira jusqu'à la tombe.»
Le prêtre dit à Georges:
«Ce que vous avez écrit, c'est la légende du Mal dominant le Bien. Mais il n'y a sur la terre qu'une volonté: c'est celle de Dieu. Tout homme qui marche dans l'esprit de Dieu est maître de ses passions.»
Ce jour-là, quoiqu'on n'eût pas annoncé la veille le spectacle, il y avait foule pour la tragédie devant la place de la Roquette, quand cinq heures sonnèrent à Sainte-Marguerite. C'était l'heure. Les premières représentations sont presque toujours en retard. Le théâtre était disposé avec ses décors funèbres, mais les acteurs n'arrivaient pas. Les gamins grimpés sur les murs, sur les arbres, jusque sur les toits, commençaient à siffler.