—Je ne ris pas. Il n'y a qu'une seule maladie: la décomposition du sang. Or la décomposition du sang vient toujours d'une cause morale. C'est l'âme qui tue le corps, par les passions ou par les chagrins. Les Orientaux reconnaissent surtout l'esprit invisible—le Fagio—qui frappe de mort soudaine. Voulez-vous un exemple? Le sultan Moctadi-ben-Villa dit un jour à une de ses femmes: «Pourquoi ces gens sont-ils entrés ici?» La femme regarda et dit qu'il n'y avait personne. Mais au même instant elle s'aperçut que le sultan pâlissait. «Chassez ces gens,» reprit-il. Disant ces mots, il expira.

—Tout cela, dit Georges du Quesnoy, ce sont des contes arabes des Mille et une Nuits.

—Des histoires des Mille et une Nuits? Voulez-vous que j'ouvre l'Évangile pour vous convaincre; monsieur l'esprit fort?

—Oui, ouvrez donc l'Évangile.»

Il y avait là, sur la table, l'Évangile illustré par Moreau le Jeune.

La chiromancienne se leva pour le feuilleter.

«Tenez, dit-elle, voilà tout justement le cinquième chapitre de l'Évangile selon saint Marc. Lisez vous-même.»

Georges lut qu'une légion d'esprits impurs, possédant un pécheur, s'accrochaient à sa vie pour le fixer jour et nuit dans les sépulcres et sur les montagnes_, où les légionnaires infernaux imposaient tous les sépulcres à ce pauvre homme. «Comment te nommes-tu?» lui demanda Jésus. «Je me nomme légion, parce que nous sommes innombrables.»

«Ah! reprit Mlle de Lamarre, vous ne croyez pas aux esprits, mais l'Évangile, le livre des livres, les consacre à chaque page. Saint Luc ne vous dit-il pas que tout homme est une maison pour les esprits flottants? «Lorsqu'un esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par des lieux arides cherchant la solitude, mais comme il ne trouve pas le repos, il dit: «Je retournerai dans ma maison.» Y revenant, il la voit belle et parée; alors il s'en va prendre sept esprits plus méchants que lui et il leur dit: «Entrez dans ma maison, voilà votre demeure.»

Georges relisait l'Évangile avec surprise.