«Passionnément.»

A quoi elle riposta par:

«Point du tout.»

Comme Georges du Quesnoy avait déjà de la malice philosophique, il jugea que ce point du tout était un aveu. Si Mlle de Margival avait voulu briser sur ce point délicat, elle se fût contentée de ne pas répondre.

Georges retourna chez lui l'âme pleine d'amour, l'esprit plein d'espérance. Mlle de Margival, quel que fût le point de vue, était une bonne fortune: pour l'amoureux elle était belle, pour l'ambitieux elle était riche, pour le glorieux elle était noble.

La question serait de décider le père, non pas à dire point du tout, mais à dire oui. Georges pensa que ce ne serait point chose aisée, car M. de Margival était une des personnalités du pays; il devait rêver pour sa fille, à qui il donnerait trois ou quatre cent mille francs de dot, un mariage politique, nobiliaire, diplomatique. Georges aurait beau se hausser sur la pointe de ses pieds, il ne pourrait faire grande figure devant M. de Margival. Son père était fort honorable, légèrement drapé dans sa noblesse de robe, mais il ne pouvait montrer un blason sur fond d'or. A peine donnait-il à ses trois enfants chacun cinquante mille francs pour le jour de leur mariage. Mais il y avait un autre abîme entre Georges et Valentine, c'est qu'ils étaient presque du même âge. L'échappé de collège n'avait pas de temps devant lui pour arriver à quelque chose de sérieux qui pût plaider en sa faveur. Il ne serait pas encore avocat, sans doute, que déjà la jeune fille aurait donné sa main.

Toutes ces réflexions n'empêchaient pas Georges d'être très-heureux de son amour et de l'amour de Valentine, car décidément il prenait le point du tout pour l'argent comptant de l'amour.

Rentré à la maison, il dit à son frère:

«Tu n'as jamais été amoureux, toi?

—Moi, je le suis tous les jours.