Georges du Quesnoy ne le croyait pas.

Il ne voulut pas être témoin de la cérémonie. Trois jours avant les noces il partit pour Paris, saris en demander la permission à son père, mais non sans avoir dit adieu à Valentine dans un sonnet, cette fois rimé par lui, où il annonçait à la jeune fille que le mariage n'était que la préface de l'amour et que le mari n'était que le précurseur de l'amant. Ce fut le trait du Parthe. Je regrette bien que ce chef-d'oeuvre ne soit pas venu jusqu'à moi pour vous l'offrir ici, mais il paraît que Valentine, qui avait déjà vu la lune rousse avant le mariage, le noya de ses larmes et le jeta au feu,—après l'avoir lu,—pour voir une dernière fois briller la flamme de son premier amour, car sans le savoir elle avait aimé Georges du Quesnoy.

Avant d'écrire ce sonnet, Georges avait vingt fois commencé et recommencé une lettre tour à tour terrible et suppliante, où son amour et son coeur éclatait en sanglots, pendant que son esprit éclatait en sarcasmes. Mais, tout bien considéré, quoique cette lettre eût des accents d'éloquence, comme il avait l'esprit critique, il la trouva ridicule.

«Non, s'écria-t-il, il ne faut pas que Valentine garde de moi un mauvais souvenir.»

Voilà pourquoi il avait rimé un sonnet moqueur.

Dès que Georges fut à Paris, l'amour et la jalousie lui furent plus terribles. La grande ville indifférente ne pouvait apaiser ni son coeur ni son esprit. Paris n'a de distractions que pour les initiés. Les arrivants n'y sont pas chez eux, à moins qu'ils ne soient de la franc-maçonnerie, de ceux qui s'amusent partout.

Georges eut hâte de retourner à Landouzy-les-Vignes, où du moins son frère était sympathique à ses angoisses.

Et, d'ailleurs, il voulait être spectateur à son propre drame. Pourquoi n'irait-il pas à la messe de mariage, pour voir la figure que ferait devant l'autel cette belle Valentine qui lui avait promis le bonheur?

Et quelle figure ferait-elle en passant, devant lui? car, sans même le regarder, elle le verrait.

Et puis il irait dans la sacristie pour la féliciter,—comme tout le monde. Peut-être oserait-elle le présenter à son mari?