XII
QU'IL NE FAUT PAS TOUJOURS ALLER A LA MESSE
Georges entraîna Pierre à la messe de mariage.
Ils arrivèrent de bonne heure pour ne pas manquer le passage de la mariée.
Mais la mariée, toute à sa beauté, ne voyait qu'elle-même. Elle était rayonnante. C'étaient les vingt ans couronnés de fleurs d'oranger. Rien dans ses yeux ni sur ses lèvres ne révélait que son coeur eût des remords; elle semblait obéir à ce dicton: «Que le mariage est le plus beau jour de la vie.»
«La cruelle!» dit Georges en la voyant passer.
Il était si agité qu'il sortit de l'église. Que fit-il? Il fuma une cigarette. Aujourd'hui, dans tous les moments tragiques, on commence par fumer une cigarette.
«Que m'importe, reprit-il, qu'elle dise devant Dieu oui ou non à cet homme, puisqu'elle ne m'aime pas? Et, d'ailleurs, puisqu'elle a passé par la mairie, elle est à tout jamais Mme de Xaintrailles. C'est égal, elle ne portera pas ce soir son sourire au lit nuptial, car elle ne l'aime pas et elle ne l'aimera jamais.»
Quoique Georges fût à moitié fou de douleur et de désespoir, il n'avait pourtant pas le dessein de poignarder l'épousée. Mais il voulait, avant la fin de la journée, aller jusqu'à elle, non pour l'injurier, mais pour lui montrer sa pâleur. Il lui dirait: «Vous m'avez tué, et vous riez!»
Mais comment arriver jusqu'à elle? Il ne voulait pas faire un scandale; il avait le respect de son père, comme il avait la peur du ridicule.