Ce fut à la fin de ma première semaine passée à Londres, que mon oncle donna un souper à la Fantaisie, comme c'était l'habitude des gentlemen de cette époque, qui voulaient faire figure dans ce public comme Corinthiens et patrons de sport.
Il avait invité non seulement les principaux champions de l'époque, mais encore les personnages à la mode qui s'intéressaient le plus au ring: Mr Flechter Reid, lord Say and Sele, sir Lothian Hume, sir John Lade, le colonel Montgomery, sir Thomas Apreece, l'honorable Berkeley Craven, et bien d'autres.
Le bruit s'était déjà répandu dans les clubs que le prince serait présent et l'on recherchait avec ardeur les invitations.
La Voiture et les Chevaux était une maison bien connue des gens de sport.
Elle avait pour propriétaire un ancien professionnel, pugiliste de valeur.
L'aménagement en était primitif autant qu'il le fallait pour satisfaire le bohémien le plus accompli.
Une des modes les plus curieuses, qui aient disparu maintenant, voulait que les gens, blasés sur le luxe et la haute vie, eussent l'air de trouver un plaisir piquant à descendre jusqu'aux degrés les plus bas de l'échelle sociale.
Aussi, les maisons de nuit et les tapis francs de Covent-Garden et de Haymarket réunissaient-ils souvent sous leurs voûtes enfumées une illustre compagnie.
C'était pour ces gens-là un changement que de tourner le dos à la cuisine de Weltjie ou d'Ude, au chambertin du vieux Q… pour aller dîner dans une maison où se réunissaient des commissionnaires pour y manger une tranche de boeuf et la faire descendre au moyen d'une pinte d'ale bue à la cruche d'étain.
Une foule grossière s'était amassée dans la rue pour voir entrer les champions.