— Avec de la prudence et des soins, bien entendu, un jeune homme à la mode peut y suffire avec huit cents livres par an, répondit mon oncle.
Je vis la figure de mon pauvre père s'allonger.
— Je crains, monsieur, dit-il, que Roddy soit obligé de garder ses habits faits à la campagne. Même avec l'argent de mes parts de prise…
— Bah! bah! s'écria mon oncle, je dois déjà à Weston un peu plus d'un millier de livres. Qu'est-ce que peuvent y faire quelques centaines de plus? Si mon neveu vient avec moi, c'est à moi à m'occuper de lui. C'est une affaire entendue et je dois me refuser à toute discussion sur ce point.
Et il agita ses mains blanches, comme pour dissiper toute opposition. Mes parents voulurent lui adresser quelques remerciements, mais il y coupa court.
— À propos, puisque me voici à Friar's Oak, il y a une autre petite affaire que j'aurais à terminer, dit-il. Il y a ici, je crois, un lutteur nommé Harrison, qui aurait, à une certaine époque, été capable de détenir le championnat. En ce temps-là, le pauvre Avon et moi, nous étions ses soutiens ordinaires. Je serais enchanté de pouvoir lui dire un mot.
Vous pouvez penser combien je fus fier de traverser la rue du village avec mon superbe parent et de remarquer du coin de l'oeil comme les gens se mettaient aux portes et aux fenêtres pour nous regarder.
Le champion Harrison était debout devant sa forge et il ôta son bonnet en voyant mon oncle entrer.
— Que Dieu me bénisse, monsieur! Qui se serait attendu à vous voir à Friar's Oak? Ah! sir Charles, combien de souvenirs passés votre vue fait renaître!
— Je suis content de vous retrouver en bonne forme, Harrison, dit mon oncle en l'examinant des pieds à la tête. Eh! Avec une semaine d'entraînement vous redeviendriez aussi bon qu'avant. Je suppose que vous ne pesez pas plus de deux cents à deux cent vingt livres?