— Eh bien! mon neveu, s'écria-t-il, que dites-vous de la perspective de venir à la ville avec moi?

— Je vous remercie, monsieur, dis-je, de la bienveillance et de l'intérêt que vous me témoignez.

— Mais il faut que vous me fassiez honneur. Mon neveu doit être des plus distingués pour être en harmonie avec tout ce qui m'entoure.

— C'est une bûche du meilleur bois, vous verrez, monsieur, dit mon père.

— Nous commencerons par en faire une bûche polie et alors, nous n'en aurons pas fini avec lui. Mon cher neveu, vous devez constamment viser à être dans le bon ton. Ce n'est pas une affaire de richesse, vous m'entendez. La richesse à elle seule ne suffit point. Price le Doré a quarante mille livres de rente, mais il s'habille d'une façon déplorable, et je vous assure qu'en le voyant arriver, l'autre jour, dans Saint-James Street, sa tournure me choqua si fort que je fus obligé d'entrer chez Vernet pour prendre un brandy à l'orange. Non, c'est une affaire de goût naturel, à quoi l'on arrive en suivant l'exemple et les avis de gens plus expérimentés que vous.

— Je crains, Charles, dit ma mère, que la garde-robe de Roddy ne soit d'un campagnard.

— Nous aurons bientôt pourvu à cela, dès que nous serons arrivés à la ville. Nous verrons ce que Stultz et Weston sont capables de faire pour lui, répondit mon oncle. Nous le tiendrons à l'écart jusqu'à ce qu'il ait quelques habits à mettre.

Cette façon de traiter mes meilleurs habits du dimanche amena de la rougeur aux joues de ma mère, mais mon oncle s'en aperçut à l'instant, car il avait le coup d'oeil le plus prompt à remarquer les moindres bagatelles.

— Ces habits sont très convenables, à Friar's Oak, ma soeur Mary, dit-il. Néanmoins, vous devez comprendre qu'au Mail, ils pourraient avoir l'air rococo. Si vous le laissez entre mes mains, je me charge de régler l'affaire.

— Combien faut-il par an à un jeune homme, demanda mon père, pour s'habiller?