Un d'eux — je crois le voir encore — un homme au teint hâlé, assez repus, et qui marchait avec une canne, s'avança en boitant, tout seul, pendant une accalmie de la fusillade, vers la porte latérale de Hougoumont, où il se mit à frapper, en criant à ses hommes de les suivre.
Il resta là cinq minutes, allant et venant devant les canons de fusil qui l'épargnaient, jusqu'à ce qu'enfin un tirailleur de Brunswick, posté dans le verger, lui cassa la tête d'un coup de feu.
Et il y en eut bien d'autres comme lui, car pendant toute la journée, quand ils n'arrivaient pas en masses, ils venaient par deux, par trois, l'air aussi résolu que s'ils avaient toute l'armée sur leurs talons.
Nous restâmes ainsi tout le matin, à contempler la bataille qui se livrait là-bas à Hougoumont; mais bientôt le Duc reconnut qu'il n'avait rien à craindre sur sa droite, et il se mit à nous employer d'une autre manière.
Les français avaient poussé leurs tirailleurs jusqu'au delà de la ferme.
Ils étaient couchés dans le blé encore vert en face de nous.
De là, ils visaient les canonniers, si bien que sur notre gauche trois pièces sur six étaient muettes, avec leurs servants épars sur le sol autour d'elles.
Mais le Duc avait l'oeil à tout.
À ce moment, il arriva au galop.
C'était un homme maigre, brun, tout en nerfs, avec un regard très vif, un nez crochu, et une grande cocarde à son chapeau.