Tous les Hollando-Belges s'étaient sauvés à toutes jambes à ce moment-là, au nombre de quinze mille, et il en résultait de grands vides dans notre ligne, à travers lesquels la cavalerie française allait et venait comme elle voulait.
Puis, les canons français avaient été bien supérieurs aux nôtres par le tir et le nombre; notre grosse cavalerie avait été hachée même, si bien que les affaires ne prenaient pas une tournure fort gaie pour nous.
Dautre part, Hougoumont, qui n'était plus qu'une ruine trempée de sang, était resté entre nos mains. Tous les régiments anglais tenaient bon.
Pourtant, à dire la vérité vraie, comme on doit le faire quand on est un homme, il y avait parmi les habits bleus qui partirent vers l'arrière, une pincée d'habits rouges. Mais c'étaient de tous jeunes gens, ceux-là, des traînards, des coeurs lâches comme il s'en trouve partout.
Je le répète, pas un régiment ne fléchit.
Ce que nous pouvions distinguer de la bataille était fort peu de chose, mais il eût fallu être aveugle pour ne point voir que, derrière nous, la campagne était couverte de fuyards.
Cependant alors, bien que nous autres, de l'aile droite, nous n'en sussions rien, les Prussiens avaient commencé leur mouvement.
Napoléon avait détaché vingt mille hommes pour les arrêter, et c'était une compensation pour ceux d'entre nous qui s'étaient sauvés.
Les forces en présence étaient à peu près les mêmes qu'au début.
Tout cela, pourtant, était fort obscur pour nous.