À un certain moment, la cavalerie française avait débordé en tel nombre entre nous et le reste de l'armée, que nous crûmes quelque temps être la seule brigade restée debout.

Alors, serrant les dents, nous prîmes la résolution de vendre notre vie le plus cher possible.

Il était entre quatre et cinq heures de l'après-midi, et nous n'avions rien à manger, pour la plupart, depuis la veille au soir.

Par-dessus le marché, nous étions trempés par la pluie. Elle nous avait arrosés pendant tout le jour, mais pendant les dernières heures, nous n'avions pas eu un moment pour songer au temps ou à notre faim.

Alors nous nous mîmes à regarder autour de nous et à raccourcir nos ceinturons, à nous demander qui avait été atteint, qui avait été épargné.

Je fus content de revoir Jim, la figure toute noire de poudre, debout à ma droite et appuyé sur son fusil.

Il vit que je le regardais et me demanda, en criant, si j'étais blessé.

— Tout va bien, Jim, répondis-je.

— Je crains bien d'être venu ici chasser un gibier imaginaire, dit-il, d'un air sombre. Mais ce n'est pas encore fini, par Dieu! jaurai sa peau, ou il aura la mienne.

Il avait si longtemps couvé son tourment, le pauvre Jim, que je crois vraiment que cela lui avait tourné la tête.